Chef du département de Médecine Oncologique de Gustave Roussy, le professeur Karim Fizazi revient sur l’action de Movember dans la recherche et la campagne de sensibilisation sur les cancers masculins.

 

Karim Fizazi
Pr Karim Fizazi

Quel est le cancer masculin faisant le plus de victimes en France ?

Les cancers essentiellement masculins sont ceux de la prostate, du testicule et de la verge. Le cancer de la verge est un cancer très rare et celui du testicule se guérit très bien à condition de bien s’en occuper.

Celui faisant le plus de victimes en France demeure le cancer de la prostate qui fait environ 8000 victimes tous les ans.

 

Quels sont les symptômes qui doivent amener à consulter un médecin ?

Pour le cancer de la prostate, si les hommes ont des symptômes tels que se lever la nuit pour uriner, des troubles de l’érection qui ne sont pas ponctuels et liés à un coup de fatigue, si ces symptômes durent sur plusieurs semaines ou plusieurs mois, il ne faut pas hésiter à consulter. Un examen clinique de la prostate sera indiqué, un dosage du PSA sera effectué pour identifier si un homme a un cancer de la prostate et le guérir. Il nous reste à inventer un dosage, sanguin probablement, qui permette d’identifier les cancers les plus méchants et qui nous rendrait un grand service en terme de dépistage. Mais nous n’avons pas ce dosage à notre disposition.

Quant au cancer du testicule, il est le cancer le plus fréquent chez l’homme jeune, entre 20 à 40 ans. Il se fait par auto dépistage : si l’homme sent une induration ou une douleur qui n’est pas liée à un petit traumatisme, il ne faut pas qu’il ait honte de consulter son médecin. C’est le gros message du dépistage. Si un homme sent une anomalie, il faut qu’il aille consulter car cela peut clairement sauver sa vie. Ça peut permettre de traiter un cancer du testicule à un stade clairement guérissable.

 

« Les examens de dépistage sont indolores, très simples, non invasifs et peuvent sauver la vie »

 

Les hommes ont tendance à redouter le dépistage. Quels conseils pourriez-vous leur donner ?

Il faut leur dire que, contrairement aux femmes, il n’y a pas de dépistage organisé pour les hommes. En revanche, s’ils ont des symptômes, il faut qu’ils consultent et qu’il sachent que les examens de dépistage sont indolores, très simples, non invasifs et peuvent sauver la vie.

Un patient qui a un testicule qui a grossi, qui a une masse, on va l’examiner avec un examen simple, de manière douce car on sait que ces petites choses sont sensibles. Si on a le moindre doute, l’imagerie va prolonger nos mains et la sonde va poser doucement sur le testicule. C’est donc totalement indolore.

Pour le cancer de la prostate, on va examiner l’organe d’un homme présentant les symptômes en effectuant un toucher rectal. C’est la même chose que lorsqu’ils vont à la selle. Ça fait ni plus mal, ni moins mal. Il faut leur rappeler que les femmes vont régulièrement chez leur gynécologue pour se faire examiner. C’est un examen indolore qui permet d’accéder facilement à la prostate et qui peut être prolongé par une simple prise de sang. Le dépistage est une chose qu’il faut dédramatiser et indiquer qu’il est devenu simple et banal.

 

Une bonne hygiène de vie limite-t-elle les risques de cancers masculins ?

Pour le cancer de la prostate, les choses sont moins établies. Il est possible qu’une alimentation telle que celle des Asiatiques réduit le risque  mais ce n’est pas formellement démontré. Ce type de cancer touche quasiment tous les hommes mais il va les toucher de manière variable en fonction de caractéristiques individuelle. L’influence de l’alimentation et du mode de vie ne se fait qu’en cas de la prise en charge.

Pour le cancer du testicule, le bon geste est de se palper de temps en temps ou en demandant à sa copine. Au delà de ça, si un homme a un, ou deux, tout petits testicules, il doit faire particulièrement attention car il semble que les testicules atrophiques soient porteurs d’une maladie qui augmente le risque de cancer du testicule. Au besoin, ne pas hésiter à son médecin traitant de l’examiner.

 

« Movember permet de faire en sorte que les cancers masculins soient moins tabous »

 

Est-ce que les sportifs sont plus exposés à développer les cancers masculins ?

Concernant le cancer de la prostate, non, pas de manière évidente. Concernant le cancer du testicule, il y a un petit doute en particulier à cause des produits dopants. Mais le doute est infime car les sportifs, professionnels ou amateurs en salle de sport, ne se vantent pas d’utiliser ce genre de produit. On garde un point d’interrogation sur ce sujet là.

 

En quoi l’action de Movember est importante dans la sensibilisation des cancers masculins ?

Depuis 5 à 10 ans, nous avons eu toute une série de traitements à notre disposition avec des hormonothérapies nouvelle génération, des chimiothérapies, des traitements ciblés. Tous ces traitements ont déjà contribué à révolutionner la prise en charge de ces patients. Ces efforts sont dus en grande partie aux recherches laboratoires et cliniques qui ont été effectuées. Et Movember contribue largement aux recherches sur les cancers masculins.

Movember permet de faire en sorte que les cancers masculins soient moins tabous et qu’on puisse en parler de manière un peu rigolote avec les moustaches ou autres actions pour dédramatiser le sujet. Le deuxième axe est d’être capable de générer des dons pour stimuler la recherche de manière importante. Ce n’est pas par hasard si, au cours de ces dernières années on a vu autant de progrès sur des patients qui ont un cancer de la prostate métastatique. Il faut qu’on continue car les hommes continue à mourir de cette maladie et il y a encore des progrès à faire.