Il n’y a rien de plus mortel que certaines réunions de travail. Pourtant, il suffit de peu pour en tirer le meilleur parti, et peut-être bien décrocher un poste clé au sein de votre entreprise. Vous ne me croyez pas ?

Il y a ceux qui grimpent jusqu’au sommet de l’échelle, ceux qui s’arrêtent à mi-chemin et les malheureux qui stagneront à jamais en dépit de tous leurs efforts. Je vous exclus d’emblée de la dernière catégorie car, vu que vous lisez ce magazine, vous êtes forcément un gagnant. Un de mes amis, Frank, est l’incarnation du succès.
À 40 ans, il avait déjà gagné des millions. À 50 ans, il a tout recommencé et est devenu richissime. Ce qui le distingue des cadres sans envergure, c’est sa capacité à faire vivre les réunions : alors que d’autres jetteraient l’éponge au bout d’une heure de discussions, il fait preuve du même entrain quand démarre la deuxième phase d’une réunion de trois heures, qu’elle soit formelle
en salle ou informelle autour d’un pot et ce, à n’importe quel moment de la journée ! Comme tous les gros bonnets que
je connais, il exploite cette aptitude à la perfection.
Il n’y a aucune raison que vous ne deveniez pas vous-même un élément moteur des réunions, si vous appliquez les principes qu’observent les as en la matière.

1 QUI TROP EMBRASSE MAL ÉTREINT
Avant le flop de son discours à la convention républicaine de 2012, Clint Eastwood a su faire mouche avec certaines répliques qui resteront dans les annales du cinéma. Parmi celles-ci, citons : «L’homme sage est celui qui connaît ses limites.» Ce conseil judicieux sera particulièrement utile à ceux qui veulent aller de l’avant au lieu de végéter. Si tout le monde le suivait, on ne s’en porterait que mieux !
Dans le cas présent, cela signifie que vous devez savoir ce que vous êtes capable de supporter à ce stade de votre carrière en termes de nombre de réunions et de leur durée. Pour moi, à mes débuts, le maximum était de deux. Au-delà, ça devenait un calvaire. J’ai fini par être plus sélectif et ne retenir que les tables rondes qui m’intéressaient. Pour le reste, je répondais sèchement que j’avais d’autres affaires plus importantes à régler. Faites comme moi, ne surchargez votre agenda en réunions, au risque de vous épuiser.
Il existe une foule d’alternatives à la réunionite : bavarder quelques instants dans les toilettes ou devant la machine à café, échanger brièvement quelques propos dans l’ascenseur, etc. Ne vous laissez enfermer dans une salle suffocante que si vous y êtes obligé ou si vous le souhaitez. Les adeptes de la réunionite sont des losers.

2 POURQUOI COMPRENDRE ON EST LÀ
Toutes les réunions ont leur raison d’être, même celles qui semblent en être dépourvues. Certaines entreprises les organisent uniquement pour définir un plan d’action. Dans d’autres cas, ce rassemblement est le meilleur moyen dont dispose un directeur pour contrôler son staff.

De façon générale, il faut vous fixer trois objectifs :
1- contribuer utilement aux débats ;
2- ne pas vous ridiculiser ;
3- laisser une bonne, voire très bonne impression en quittant la salle.
Donc, avant d’entrer, affinez votre stratégie : soit parler peu, soit écouter attentivement en attendant l’occasion de briller pendant quelques minutes, soit, enfin, agresser quelqu’un verbalement et sans ménagement. Quoi qu’il en soit, interdisez-vous de subir en silence. Dans le monde de l’entreprise, le succès revient à ceux qui ont des idées bien arrêtées sur un projet particulier et le courage de le mettre à exécution.

3 UN PLAISIR PARTAGÉ
Un boute-en-train apporte ces petites choses qui font que le public est content d’être présent. La plupart du temps, il ne s’agit pas du tout d’amuser la galerie. en fait, le gars qui raconte une blague lors d’une réunion générale est soit un imbécile, soit un comique professionnel. Ce qui compte, c’est de renforcer la cohésion du groupe et l’envie d’avancer ensemble. Frank était terriblement doué pour cela.
Entouré de responsables financiers particulièrement assommants, il se tournait vers une directrice totalement insignifiante assise à ses côtés et lui adressait, par exemple, un compliment qui la faisait rougir et détendait complètement l’atmosphère. Jamais blessant, il taquinait les gens à propos de leurs petits défauts, relevés au fil du temps. l’ordre du jour ne déviait pas des questions financières, mais l’ambiance était celle d’une soirée autour d’un feu de camp.
Voilà une technique très efficace pour que les réunions ne donnent pas l’impression de s’éterniser. Personnellement, j’ai constaté que faire des commentaires légèrement irrévérencieux ou pratiquer l’autodérision aident à faire passer le temps : ma présence n’en est que plus appréciée par mes collègues.

4 RESTER EN MODE ÉVEIL
Il n’est pas rare que plus d’un auditeur s’endorme en cours de réunion. Cela m’est arrivé une fois, à l’occasion d’un diaporama de deux heures sur le contrôle qualité. La salle était sombre et je m’étais couché à 3 heures du matin après une soirée bien arrosée avec la force de vente. Je faisais tout pour ne pas piquer du nez, mais en vain. Je me suis même mis à ronfler. Ça a été la honte de ma vie !

5 SAVOIR QUAND PRENDRE LE LARGE
Il y a mille et une façons de s’éclipser quand on n’en peut plus. Exemple : vous assistez à une réunion et vous vous rendez compte brusquement que vous perdez votre temps. il y a des « ficelles » classiques pour quitter les lieux et vous en trouverez peut- être d’autres selon l’inspiration du moment.
En voici quelques-unes. Allez aux toilettes : c’est votre droit le plus élémentaire. au cours d’une réunion d’une heure, vous pouvez y aller une fois, cela passera inaperçu. si la réunion dure deux heures, autorisez-vous trois sorties, la troisième plus longue que les autres. On vous fait une remarque ? Répondez : «J’ai bu trop de café. » tout le monde comprendra. Trois quarts d’heure après le début des palabres, arrangez-vous pour qu’un collègue entre dans la salle en s’excusant et vous fasse signe de sortir. Suivez-le discrètement, l’air inquiet, et ne revenez pas ou revenez plus tard, visiblement perturbé et votre smartphone à la main.
Autre solution : se lever et partir sans mot dire. croyez-le, ça marche. tout le monde peut avoir des ennuis. Plus tard, vous pourrez téléphoner à un ou deux collègues pour leur dire que vous deviez faire face à une situation difficile. Ils comprendront et apprécieront votre démarche. À proscrire si le PDG préside à la réunion !

6 ENTRETENEZ LA FLAMME
Je suis convaincu que je suis passé cadre parce qu’au début de ma carrière, je tirais parti de l’après-réunion bien mieux que mes supérieurs qui filaient illico pour traiter des dossiers plus importants (ou aller prendre un verre). Au lieu de quitter les lieux, je rassemblais tranquillement mes documents, bavardant poliment avec les grands directeurs qui restaient sur place pour discuter le coup entre eux. Au bout d’un moment, ils ont fini par me considérer comme étant potentiellement un des leurs. pourquoi ? parce que j’étais là. Parfois, il suffit d’être «là»… et je suis sûr que cela ne vous posera aucun problème.

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Et n’oubliez pas :
– Conseils pour la salle
– C’est grave, docteur ?
– Fabriquez votre propre dentifrice