Chris Evans
© Men's Journal - Miller Mobley

Le Massachusetts rural n’a absolument rien à voir avec l’endroit dont vous imaginez qu’une superstar d’Hollywood aime passer ses journées d’hiver. Les arbres sont nus, les blocs de neige atteignent leurs pics. Il y a même en plein milieu de l’après-midi, une sorte de lueur terne. Chris Evans nous ouvre ses portes pour une interview exclusive.

L’interview de Chris Evans alias « Captain America »

Pourtant, c’est bien ici que Chris Evans, alias Captain America, habite. « Ouais, je suppose que c’est la partie de l’année où l’on se demande pourquoi on vit ici « , admet-il en riant lorsqu’il regarde la scène. Mais l’acteur, 37 ans, adore cet endroit. Il a grandi à quelques kilomètres d’ici et même aujourd’hui, près de dix ans après avoir enfilé le costume de Captain America, il ressemble à un habitant local avec une casquette des Red Sox, une chemise de bûcheron rouge et des chaussures en cuir. Difficile d’imaginer qu’il y a quelques jours à peine, il était sur scène aux Academy Awards, en compagnie de Jennifer Lopez devant plus de 29 millions de téléspectateurs. Ses vêtements ce soir-là : une veste Ferragamo en velours bleu, s’inspirant d’après sa styliste, du prince charmant.

Chris Evans
© Miller Mobley

Des débuts compliqués

L’acteur revient d’abord sur son passé. Il explique qu’en 2010, il était à Houston pour le tournage du film à petit budget Puncture, un drame qui a fait la une des journaux au sujet d’un avocat toxicomane qui a engagé une entreprise de matériel médical. Evans avait déjà joué dans de nombreux films, avec des rôles principaux dans des films d’action et des comédies romantiques depuis ses débuts au cinéma majeur dans Not Another Teen Movie en 2001. Mais pour une raison quelconque, à Houston, il commençait à perdre la tête. Il avait des crises de panique, il fondait en larmes entre les prises. Il avait appris à manipuler la presse sans perdre la tête, et semblait s’améliorer à faire semblant et à répéter sur le tapis rouge. Mais pour la première fois, l’anxiété de Chris prenait le dessus sur le plateau, un endroit qu’il avait toujours considéré comme thérapeutique. 

« Il n’y avait aucune raison pour qu’après 10 ans à faire des films, je panique comme j’étais, dit-il. J’ai commencé à envisager la possibilité que ce n’était peut-être pas la bonne industrie pour moi et à me demander si je voulais vraiment faire ce métier « 

L’univers Marvel

Chris s’éloignait des films. Il voulait récupérer sa vie d’avant. Faire quelque chose de différent. Mais Marvel l’a appelé, lui offrant le rôle de Captain America. Un contrat de neuf films, pas besoin d’audition. C’était un rêve en terme de sécurité financière. Mais l’acteur a dit non. Puis quelques amis lui ont dit qu’il était fou, qu’il avait peur, qu’il battait en retraite. Chris a écouté, puis a commencé à voir l’offre comme un signe. Il a parlé à Marvel d’un contrat de six films, puis a accepté le marché. (Il a quand même fait neuf films.) « J’ai eu le job d’une manière bizarre en disant non« , dit-il. « Comme dans la vie, quand tu dis non, ils te poursuivent. »

©Marvel Studios Avengers: Endgame : Photo Chris Evans, Don Cheadle, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson

L’acteur décrit l’expérience du tournage du film original, Captain America : Le Premier Vengeur, comme un rêve de gosse mais également compliqué. Il se sentait, se souvient-il, « comme un chat jeté dans une baignoire« . Captain America, après tout, n’est pas vraiment un personnage facile à jouer, surtout quand on suit les traces de l’Iron Man charismatique de Robert Downey Jr. « Le personnage de Downey est évidemment le joyau de la couronne, faisant constamment des erreurs et trouvant la rédemption.  » dit Chris. Son personnage par contre est basé sur un homme qui est apparu pour la première fois dans les bandes dessinées de la Seconde Guerre mondiale. Rogers est un personnage faible avec un esprit combatif qui se fait injecter un sérum qui fait de lui un super soldat.

« QUAND VOUS JOUEZ UN PERSONNAGE PENDANT LONGTEMPS, VOUS COMMENCEZ À REGARDER VOS PROPRES CONFLITS À TRAVERS LES YEUX DE QUELQU’UN QUI POURRAIT MIEUX LES GÉRER que vous »

Joe Russo, qui avec son frère Anthony a dirigé Chris dans quatre films de Marvel, dont Endgame, considère Captain America comme «  l’un des rôles les plus difficiles qu’on puisse demander à un acteur de jouer « . Le défi ? « Il fait preuve d’intégrité et de force morale, tout en rendant la situation complexe et intéressante « , dit M. Russo. « Ça peut être très difficile. »
Evans, pour sa part, admet que le rôle a été une expérience d’apprentissage, et pas seulement en tant qu’acteur. Jouer à Captain America, dit-il, a fait de lui un homme meilleur. « Quand on joue un personnage pendant longtemps, on commence à voir les parallèles entre ce qu’il vit et ce qu’on vit « , dit-il. « Vous commencez à regarder vos propres conflits et circonstances avec les yeux de quelqu’un qui pourrait mieux les gérer que vous. »

Découvrir pourquoi Avengers Endgame est le meilleur Marvel de l’Histoire 

Alors que les dernières scènes pour Endgame ont été tournées en octobre dernier, l’acteur a eu du mal à poser le bouclier. « J’avais l’impression d’être diplômé d’un lycée ou d’une université, vous savez, dit-il. « Pendant le dernier mois de tournage, je me suis laissé aller au travail tous les jours et j’ai été un peu débordé, un peu nostalgique et reconnaissant. Le dernier jour, je pleurais. Je pleure facilement, mais je pleurais. »

Son avenir

A la question, que vas-tu faire maintenant ? Il sourit : « Je ne suis jamais allé à Hawaï. Je n’ai jamais vu les aurores boréales. Voilà ce dont quoi je rêve« . Mais d’abord, il devra trouver le temps. Dans quelques mois, il commencera à tourner une série pour Apple, Defending Jacob, dans laquelle il incarne le père d’un lycéen accusé de meurtre. Puis il y a un projet avec le réalisateur Antoine Fuqua (Training Day, The Equalizer). En novembre, il se produira aux côtés de Daniel Craig dans un meurtre mystérieux, Knives Out, réalisé par Rian Johnson (The Last Jedi). L’expérience Captain America lui a donné le luxe de prendre des risques : « Quand tu peux te détendre un peu et jouer dans un film où on ne t’attend pas, c’est là que c’est amusant. »

Chris Evans
© Miller Mobley

Le cadeau de Robert Downey Jr

La soirée se termine. Alors que nous finissions, je demande à Evans s’il y a un cadeau d’adieu que Robert Downey Jr. lui a offert à la fin du tournage de Endgame. Oui ! une Camaro RS 1967 méticuleusement restaurée et modifiée. « Elle est vraiment là ! » dit Evans, en montrant du doigt le garage. Nous sortons pour voir la machine vintage, scintillante et impeccable, à côté de sa voiture habituelle, une Audi A6 noire. La Camaro est peinte d’une teinte personnalisée et discrète que M. Downey a lui-même choisi : « Vert armée !  » Sous le capot de la Camaro, le moteur V8 suralimenté envoie 730 chevaux aux roues arrière, soit deux fois ou trois fois la puissance initiale de la voiture. « C’est une voiture d’été« , et Chris ne mettra pas le contact à cette période de l’année au risque d’abîmer l’engin.

Downey Jr a été choqué lorsqu’il lui a demandé de livrer la voiture au Massachusetts, plutôt qu’à Los Angeles. Mais à Los Angeles, une voiture aussi visible permettrait aux paparazzi de le repérer facilement. « Ici, la Camaro attire surtout l’attention des vieux gars et leurs vieilles voitures » dit-il.

JE N’AI JAMAIS ÉTÉ DU GENRE « J’AI HÂTE DE QUITTER CETTE VILLE ». C’EST MA MAISON. JE N’AI AUCUNE ENVIE DE M’ENRACINER AILLEURS. »

Ces types vont le voir en lui demandant si il peut ouvrir le capot. Evans accepte toujours avec le sourire en disant : « Je n’y connais rien du tout. » La plupart de ces vieux, les conducteurs du dimanche, n’ont aucune idée de qui est Chris, bien que certains pourraient remarquer que le design subtil du volant de la Camaro est centré autour d’un bouclier Captain America en métal. Donc le voisin est un super-héros. Qui l’aurait cru ?

A un moment, Evans lâchera la pédale et conduira les mêmes routes de campagne étroites qu’il parcourt depuis qu’il a 16 ans. « Si je dois conduire quelque part avec les fenêtres baissées, la musique à fond, par une belle journée d’été, dit-il, il n’y a nulle part où je préfère le faire qu’ici, tu vois ce que je veux dire ? C’est ma maison. »