Kyrie Tolson interview
© David Andrieu

Auréolé de deux titres au Musclemania de Paris (en Bodybuilding Poids Lourd et en Toutes Catégories), Kyrie Tolson est devenu professionnel en 2017. Carte pro en poche, il s’est alors rendu au Musclemania de Las Vegas en novembre dernier décidé à croiser la fonte avec les meilleurs mondiaux de la discipline mais aussi pour faire une séance d’entraînement à la mythique salle de Muscle Beach.

Kyrie Tolson : Mr Musclemania à Miami Beach

Toute la famille de Kyrie est originaire du Togo. Lui-même y a grandi jusqu’à l’âge de seize ans. Le développement du corps le passionnait déjà. En Afrique il courait beaucoup, pratiquait des exercices avec poids de corps. Vers l’âge de quinze ans, il se fabrique même des haltères «maison» avec des boites de conserves et du ciment. Après une première année de lycée, il se rend à Paris en 2010 pour y rejoindre sa mère. Aujourd’hui, certains membres de sa famille sont installés aux USA tandis que d’autres, comme sa mère et sa sœur, vivent à Paris. Kyrie, lui, réside, depuis son retour victorieux de Las Vegas, en Allemagne. Il se donne une année ou deux pour bien maîtriser la langue. Là-bas, nous dit-il, « Le bodybuilding est en voie de développement. Les jeunes s’y mettent, grâce à internet et aux influenceurs. La plupart des salles sont ouvertes 24h/24, 7jours/7, explique Kyrie. De plus, les prix sont très abordables .Il m’arrive d’aller m’entraîner à 2h00 du matin. » Une autre des caractéristiques des salles allemandes est que, partout, le matériel est soigneusement rangé : «On perd moins de temps entre les séries et les exercices ! » Une vie plus tranquille qui le change de Paris.

© David Andrieu

Kyrie Tolson c’est un muscle rond (très rond !), une ligne équilibrée (avec un galbe remarquable du vaste externe des quadriceps), une sangle abdominale épaisse (sur une taille très fine), et un pic de biceps qui ne peut qu’évoquer celui de Robby Robinson « himself ». Voilà qui tombe bien : « ‘The Black Prince’ est l’un de mes modèles les plus influents », réplique aussitôt le jeune Kyrie lorsqu’on cite cette légende du bodybuilding des années 70/80. Des qualités esthétiques d’autant plus remarquables qu’il est aujourd’hui un beau poids lourd. Rien d’étonnant, donc si cet ancien basketteur, togolais d’origine, a vaincu tout le monde au Musclemania de Paris. Plus fort encore : il laissera tous les meilleurs champions de la planète (et les Américains au passage) derrière lui à Las Vegas, devenant ainsi, en 2018, champion du monde Musclemania et 1er en catégorie Bodybuilding Professionnel ; une victoire tonitruante et qui comble le jeune bodybuilder, habité depuis toujours par un esprit bienveillant et posé mais indéfectiblement compétitif. Ces émotions, il décida de les prolonger le lendemain du concours. Celui que tout le monde à présent attendra au prochain Mondial de Musclemania, est allé « pousser » la fonte à Muscle Beach. C’était, avoue-t-il « aussi motivant qu’une compétition ».

« On y voit chaque année des compétitions de body building comme le Muscle Laborday, le Mr. et Mrs Muscle Beach competition, le Muscle Beach international classic. »

Muscle Beach ! Un site à part ou l’on ressent l’esprit du lieu. S’y rendre est donc pour Kyrie Tolson et ses amis (entre autres les champions Bertrand Lim et Jean-Marie Le Saunier) comme un pèlerinage. Ici les fragrances iodées de l’air se mêlent à une odeur de légendes. Alors, ce jour là Kyrie inspire à pleins poumons. La première salle de Muscle Beach à Santa Monica, celle de 34, fut détruite pour renaître de ses cendres en 1987, à Venice cette fois. Son succès n’en fut pas altéré. Les champions qui s’identifient à Arnold, Franco et les autres, les fans qui veulent les voir en pleine action huilée, les curieux piqués par l’aura quasi magique du lieu, alimentent continûment ce sanctuaire du muscle. Bien sûr, les stars d’Hollywood s’y montrent moins qu’à la fin des années trente, mais le lieu demeure une sorte de synthèse de « l’American Way of Life ».

Jambes
© David Andrieu

La vie exaltée par l’effort, la liberté au seuil des vagues, le bien-être dans le plein air sont autant de caractéristiques chères à l’Amérique que Kyrie voulait éprouver de ses propres muscles. Après-tout c’est bien le body building plus que tout autre sport, finalement,qui lui a permis de frotter sa culture d’Afro-Européen à la culture d’outre-Atlantique qui l’a toujours fasciné. Le matériel que Kyrie peut contempler date de 1990, dernier changement en date. Le site, à l’occasion, a bien sûr bénéficié de quelques changements. On peut y trouver à présent et toujours à l’air libre : court de tennis, terrain de volley, parcours de skateboard, de vélo et de rollers. Et des gradins ont même été érigés pour les badauds. Mais l’endroit n’accueille pas seulement le spectacle de l’entraînement en plein air qui, bien avant le terme de « StreetWorkout », y fut expérimenté. « On y voit chaque année des compétitions de body building, précise Kyrie, comme le Muscle Labor Day, le Mr. et Mrs Muscle Beach Competition, le Muscle Beach International Classic, etc.» L’envie de pousser cette historique fonte envahit le sportif ainsi qu’un désir de photographies ! Imaginez: quel honneur, quel bonheur d’ajouter aux images iconiques de muscle Beach son empreinte de champion dont le sens de l’esthétique et le respect du lieu se prêtent à l’exercice. Après la joie de la scène, des spotlights et de la victoire de la veille, voici le frisson de moments immortels ! La lumière solaire sur la sueur et sous l’obturateur de l’appareil qui gravera son passage dans Muscle Beach.

J’ai toujours pensé que c’était un endroit à visiter, dit Kyrie, et ce depuis mes débuts. Muscle Beach, c’est nos origines ! » La première chose qui le frappera c’est l’activité générale et tous azimuts. «Tout le monde bouge là-bas. Vélo, jogging, rollers, skate-boards, etc…tout le monde est en mouvement.» Et à l’unisson de bien des français qui ont témoigné du lieu, il confirme que l’ouverture d’esprit de la population est frappante également. « Même les non-pratiquants sont positivement curieux du physique des bodybuilders. Cet accueil se sent déjà dans les regards. Les gens s’approchent facilement, ils demandent à prendre des photos, ils félicitent, ils recueillent des conseils, ils touchent même les athlètes pour vérifier, dans une ambiance bon enfant, si le muscle est bien dur, bien vrai», affirme Kyrie en souriant. Et ça tombait bien. La séance à Muscle Beach suivait la compétition et, d’ordinaire, il se relâche un peu (en termes de diététique) à ce moment-là. Pas cette fois: « Le challenge était de s’entraîner dans ce lieu célèbre dans la meilleure forme.» Kyrie a toujours gardé en tête cette photo d’Arnold s’entraînant sur un bench press (banc à développé couché). Cette fois, il était dans la place ! « C’est grâce à ces champions que je me suis mis au body building ; pousser la fonte ici c’était marcher dans leur pas pour devenir comme eux et, (il s’interrompt un instant)…c’était une expérience mystique.» Ces marques du passé si présentes poussent, selon le jeune champion, à s’entraîner avec plus d’application, comme si l’on voulait refaire en mieux ce que d’autres on fait avant nous. «En plus de cette ambiance mystique, je dois dire que le bruit de la mer et des barres, l’entraînement dans un milieu naturel, procurent un sentiment très fort de liberté. C’est vraiment un rêve qui s’est réalisé. ».

Imprégnés de ce climat d’époque et comme spirituel, Kyrie et ses amis champions ont, très naturellement, fait des shootings de photos vintages. Lunettes rondes des seventies, poses classiques, jeans usés et muscles à fleur d’une peau restée fine : tout y était. Même un terrain de basket où il pu renouer avec son enfance en jouant à un sport qu’il affectionnait lorsqu’il vivait encore au Togo. « C’est vrai, le Basket me manque un peu…bien de mes amis et de mes cousins y jouent encore. Et les USA c’est quand-même la NBA aussi ! Là encore, faire quelques parties avec les américains, c’était top » conclut le champion du Monde.. Son pèlerinage libérateur et exalté à Muscle Beach a décuplé l’inspiration du body builder qui n’a plus qu’un objectif pour continuer de vivre ses rêve. Rester au sommet aux USA…comme ailleurs.