S’il n’y avait que le job, vous seriez le plus heureux des hommes. Mais vous devez aussi gérer le collègue qui fait des crises, la comptable déprimée et le boss anxieux… Pour vous en sortir dans cette jungle, une seule solution : apprenez à décrypter leurs comportements.

« L’enfer, c’est les autres », disait Jean-Paul (Sartre). Dans son livre Vivre et travailler avec des personnalités difficiles(InterEditions), la psychosociologue Marie-José Lacroix prend l’exemple de Sophie. Elle est contrôleuse de gestion hypercompétente, mais surtout complètement obsessionnelle et tyrannique. Autre cas d’école : Jean-Sébastien, le directeur commercial narcissique qui s’attribue tout le mérite de son équipe.
Si vous aviez le choix, vous appelleriez le service après-vente pour faire remplacer les collaborateurs défectueux. Mais on ne vous demande pas votre avis. « C’est à l’interlocuteur le plus sain de comprendre
ce qui est à l’œuvre dans ces comportements », affirme Marie-José Lacroix. Comme avec un ordinateur qui plante, vous devez étudier comment fonctionne le disque dur pour résoudre le problème. Certains comportements types sont faciles à déchiffrer, mais gardez-vous de tomber dans le jugement et les généralités, car les personnalités sont fluctuantes et elles évoluent.

Le psycho-rigide
« Ils sont nombreux dans les entreprises, note la psychosociologue. Notre monde se caractérise par l’empire de la gestion, de la technicité et de la finance : autant de caractéristiques qui font le bonheur des personnalités obsessionnelles. » Le psycho-rigide est froid, logique, consciencieux, ultraperfectionniste et dénué de toute empathie. Comme il réussit toujours ce qu’il entreprend, il est souvent le boss.
Comment le neutraliser
Ne vous plaignez pas, ne parlez pas de vos sentiments ni de vos difficultés : c’est totalement vain. La seule chose à faire est de ne rien attendre de lui et de vous détacher de son jugement. Partez du principe que vous ne le satisferez jamais. S’il cherche la confrontation et le rapport de force, ne rentrez pas dans son jeu et ne lui donnez aucune prise sur vous. « Un grand silence est parfois très efficace », explique la psychiatre Catherine Deshays, auteur de Trouver la bonne distance à l’autre (InterEditions). « C’est aussi une manière de désamorcer le conflit et de reprendre le contrôle. » Mais attention, il faut ménager son narcissisme ! « Ne portez pas de jugement sur lui, confirme le Dr Deshays. Faites juste un constat comme : “Je vois que nous ne sommes pas d’accord, je vais y réfléchir. »

L’anxieux
Il fait une attaque de panique au premier imprévu. L’anxieux est toujours totalement débordé, dans l’urgence. Son stress atteint des niveaux pathologiques et, en plus, il parvient à vous le communiquer.
Comment le neutraliser
Vous devez le rassurer. Soyez celui qui garde la tête froide, puisque lui-même en est incapable. Si c’est votre patron, calmez-le en lui confirmant régulièrement que vous tiendrez vos délais et qu’il peut compter sur la qualité de votre travail. Soyez plutôt en avance qu’en retard, et évitez-lui les imprévus. « Quelqu’un d’anxieux a besoin de rendre le monde prévisible, décrypte le Dr Catherine Deshays. Montrez que vous êtes conscient de ses difficultés, et demandez-lui de quoi il a besoin. » Pour gérer une personnalité difficile, quelle qu’elle soit, une bonne dose d’empathie est indispensable…

Le déprimé
Triste et renfermé, il promène son air abattu autour de la photocopieuse, en donnant à tout le monde l’envie de se mettre la tête dans le four. Les relations interpersonnelles ne sont pas son fort. « Les personnes déprimées sont égocentrées, explique Marie- José Lacroix. Elles ruminent constamment et ne parviennent pas à “débrancher” leur cerveau, comme elles le disent elles-mêmes. » Le déprimé suscite tantôt l’inquiétude, tantôt la culpabilité ou l’agacement.
Comment le neutraliser
D’abord, demandez-vous s’il s’agit d’une déprime passagère, due à un événement comme un deuil ou un divorce, ou d’une réelle dépression nerveuse. Dans le deuxième cas, il faut surtout l’orienter vers un spécialiste. S’il s’agit d’un problème passager, montrez que vous vous intéressez à lui, mais sans en faire trop pour ne pas être stigmatisant. « Demandez-lui ce qui ne va pas, précisément en ce moment, conseille le Dr Deshays. S’il se dévalorise, rappelez-lui ses qualités au travail et ses réussites. »
Restez dans le monde professionnel et ne donnez pas d’exemples trop personnels : le déprimé n’a pas besoin de pitié.

Le blasé
C’est le « je-m’en-foutiste » du bureau. Il adopte en toutes circonstances une attitude passive et ironique, voire « passive agressive ». Il ne propose rien, se contente souvent de critiquer, et en fait le moins possible. Si vous avez de la chance, il se double d’un narcissique superbement égoïste. Essayez de ne pas le haïr.
Comment le neutraliser
Pour communiquer avec les personnalités difficiles, il est important de prendre acte de leur comportement. Montrez que vous avez bien reçu le message. Par exemple, avec le blasé qui n’ouvre pas la bouche en réunion, vous pouvez simplement constater : « Je vois que tu ne dis rien. » C’est une façon de le reconnaître et de faire un pas vers lui, d’établir le contact. « Vous devez ensuite le forcer à sortir de son attitude passive et à prendre ses responsabilités, affirme le Dr Deshays. Demandez-lui ce qu’il propose et ce qu’il ferait, lui. » C’est aussi valable pour le collègue qui passe son temps à critiquer.

Le coléreux
C’est de la nitroglycérine : au premier coup de vent, il vous explose entre les mains. « Les personnes coléreuses et impulsives sont énergiques dans l’action, mais manquent totalement de recul, développe Marie-José Lacroix. Elles expriment violemment leurs émotions, parfois de façon blessante. »
Comment le neutraliser
Il cherche la confrontation pour se soulager de sa colère, mais ne vous laissez pas entraîner dans une dispute. Une bonne stratégie d’évitement prive le coléreux de son exutoire (vous), et il finit par s’épuiser tout seul. Comme vous ne voulez pas non plus le provoquer et aggraver le problème, ne l’ignorez pas ostensiblement, mais contentez-vous de constater le désaccord et proposez d’en reparler plus tard. « Avec les personnalités difficiles, il faut sortir des affects et avoir conscience de ce qui est en train de se jouer, recommande le Dr Deshays. Ce recul permet de sortir d’un rapport de dépendance, où l’on cherche une reconnaissance qui ne viendra jamais. »

L’introverti
Tout le monde se bat pour avoir le dernier mot, sauf lui. Il a du mal à prendre la parole en réunion, et il n’ose pas s’asseoir avec le groupe à la cantine. Vous ne parvenez pas à savoir s’il est timide ou insociable, vu qu’il ne sort jamais de sa réserve assez longtemps pour vous le dire.
Comment le neutraliser
Ne le faites pas ! Le monde de l’entreprise valorise excessivement les personnalités extraverties, les leaders qui donnent leur avis, proposent leur candidature pour tout et se chargent d’organiser les pots de départ. Le timide ne parle pas à tort et à travers, il est souvent plus réfléchi et plus posé, moins susceptible de commettre une grave erreur de jugement dans l’urgence. « Chercher à le faire sortir de sa réserve est une façon de le juger et de le dévaloriser, analyse le Dr Deshays. Au contraire, il faut l’accepter et profiter de ses qualités d’observation et de réflexion. »

L’AUTHENTIQUE PERVERS
Vous pouvez communiquer avec les personnalités difficiles, à condition qu’elles soient accessibles à la parole de l’autre. Le collègue/boss pervers est dans la manipulation. Il est conscient de ce qu’il fait et jouit du malheur de l’autre, ce qui le conduit généralement au harcèlement moral. Il n’y a rien d’autre à faire que de le fuir comme la peste, quitte à démissionner plutôt que de risquer le burn-out et la dépression. Mais n’hésitez pas à dénoncer son comportement à votre hiérarchie.

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