Ne dites pas que vous ne vous êtes jamais posé la question. Votre pénis aurait-il une vie sexuelle différente s’il était lui-même différent ? Laquelle des deux options est la plus saine, la plus agréable ? Pour tout savoir, commencez par faire le tri des idées reçues.

LE PRÉPUCE NE SERT À RIEN
VRAI et FAUX
D’abord, s’il avait une fonction réellement fondamentale, l’être humain aurait fini par s’en rendre compte, non ? Le monde ne compterait pas 30 % d’hommes circoncis d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et il n’y aurait pas 14 % de Français qui vivent parfaitement sans prépuce (sondage TNS). La circoncision, ou « posthectomie », est l’un des actes chirurgicaux les plus anciens qui sont pratiqués pour des raisons religieuses, sociétales ou médicales.
Et le prépuce ne manque généralement à personne. Mais on ne peut pas non plus prétendre que la nature l’a posé là par hasard, parce qu’il lui restait un bout de peau non utilisé, un peu comme les croisillons en pâte sur la tarte aux pommes.
« Le prépuce est un résidu embryonnaire qui protège le gland du pénis, au même titre que les petites lèvres protègent le clitoris chez les femmes, explique le Dr Patrice Cudicio, sexologue. Même si ce n’est pas essentiel, il favorise aussi l’excitation sexuelle et la lubrification, notamment lorsqu’il y a une stimulation dans les préliminaires. »
Le prépuce est un morceau de peau très sensible et innervé. Lorsqu’il est étiré, il stimule mécaniquement la zone du frein sur la verge, ce qui crée du plaisir. Enfin, ajoutons que le prépuce facilite grandement la masturbation. C’est d’ailleurs pour empêcher celle-ci que le monde anglo-saxon a mis la circoncision à la mode au XIXe siècle, en dehors de toute considération religieuse.

LA CIRCONCISION EMPÊCHE D’ATTRAPER DES MST
FAUX
Cette question agite les milieux scientifiques depuis des années : le prépuce est-il un nid à microbes ? Les résultats des études sont contradictoires. Des analyses réalisées en Ouganda, publiées en 2009 dans The New England Journal of Medicine, vont dans le sens de la circoncision. Elles montrent un risque d’attraper de l’herpès ou d’être infecté par le papillomavirus diminué de 25 % à 35 % chez les hommes circoncis. La faute en reviendrait au smegma. Cette substance, produite au niveau de la racine du gland et qui s’accumule sous le prépuce, favorise le développement des bactéries et pourrait retenir les virus en leur offrant un milieu chaud et humide.
« Mais la question ne se pose pas si vous avez une bonne hygiène, rappelle le Dr Pierre Desvaux, andrologue et sexologue. Il suffit d’apprendre aux jeunes garçons à bien se laver, en décalottant le gland sous la douche pour le nettoyer, à éliminer d’éventuelles traces de smegma et à empêcher tout phénomène de prolifération. » Comme vous vous lavez déjà ainsi depuis l’âge de 6 ans, puisque vous ne vivez pas dans un village pauvre du Soudan et que vous avez l’eau courante à volonté, la circoncision anti-MST ne vous serait d’aucune utilité. La seule chose qui protège réellement un pénis contre les maladies, qu’il soit circoncis ou non, c’est le préservatif.

LES HOMMES CIRCONCIS NE SONT PAS PROTÉGÉS DU SIDA
VRAI
Sur ce sujet, la confusion vient des recommandations de l’OMS en 2007 et 2009. Avec l’Onusida, l’organisation a préconisé la circoncision pour diminuer le nombre de contaminations par le VIH. Des études montraient que cette opération pouvait faire baisser de 38 % à 66 % le risque d’être atteint par la maladie. Une fois de plus, le smegma est en cause. Il retiendrait le virus et empêcherait les cellules immunitaires de faire leur travail, d’après des travaux récents de l’université de Washington. Mais le prépuce serait aussi plus sensible aux microcoupures, qui sont des portes d’entrée pour la maladie.
Néanmoins, l’OMS comme l’Onusida ont précisé plusieurs fois que ces recommandations n’avaient d’intérêt que dans les pays à faibles revenus, où le VIH est très présent et les conditions de vie difficiles. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’ont été réalisées toutes les études sur le sujet. Les organisations internationales recommandent la circoncision comme moyen de prévention complémentaire, pour essayer d’améliorer les statistiques quand le préservatif est absent. Encore une fois, la bonne vieille capote est la seule vraie barrière contre le VIH. Ou l’abstinence, à vous de voir.

UN PÉNIS CIRCONCIS DURE PLUS LONGTEMPS AU LIT
FAUX
« Ne vous faites surtout pas circoncire si vous pensez que ça peut retarder l’éjaculation », met en garde le Dr Desvaux. La légende vient du fait que l’ablation tardive du prépuce rendrait le gland un peu moins sensible.
Il se produit un phénomène de kératinisation : la peau durcit pour protéger le gland dénudé. Hélas… vous vous y habituez très vite. « La capacité à prolonger le rapport sexuel n’est pas déterminée par des facteurs mécaniques, souligne Patrice Cudicio. Elle se situe
dans la tête, dans la façon dont l’homme se représente son sexe et dans le sens qu’il donne à sa sexualité. »
Les hommes circoncis n’éprouvent pas non plus moins de plaisir que les autres, comme beaucoup l’ont supposé. La plupart des témoignages le confirment, tout comme les travaux de l’université McGill, publiés en 2007 dans The Journal of Sexual Medicine. Effectués sur une quarantaine d’hommes, ils démontraient que circoncis et non- circoncis éprouvent les mêmes sensations. « De toute façon, ajoute le Dr Cudicio, un homme non circoncis qui a des rapports sexuels réguliers connaîtra aussi ce phénomène de kératinisation sur le gland. »

LES FEMMES PRÉFÈRENT LES HOMMES CIRCONCIS
VRAI et FAUX
Les deux écoles cohabitent… Sur les forums, on rencontre celles qui ne jurent que par le pénis « au naturel », comme Dieu l’a fait, avec son prépuce et ses poils. Certaines vont même jusqu’à considérer que la circoncision est une mutilation barbare, effectuée sur des bébés non consentants. D’autres, au contraire, militent pour l’ablation générale du prépuce. Elles affirment trouver plus jolis les pénis circoncis, plus hygiéniques, et qu’il est plus agréable de leur faire des fellations.
« Heureusement, la très grande majorité des femmes se situent entre les deux, estime le Dr Cudicio, c’est-à-dire qu’elles n’en ont strictement rien à faire. » En réalité, le plus important se situe ailleurs. « Ce que les femmes nous disent, c’est qu’elles préfèrent les pénis qui peuvent se décalotter facilement, affirme Pierre Desvaux. Mais qu’un homme soit circoncis ou non, la seule vraie question pour elles est celle de l’hygiène. »

SE FAIRE CIRCONCIRE À L’ÂGE ADULTE
C’est tout à fait possible, mais mieux vaut avoir une bonne raison, car ce n’est pas très agréable.
Le terme chirurgical est « posthectomie » ; « circoncision » désigne l’acte religieux. L’ablation partielle ou totale du prépuce peut être recommandée en cas de phimosis, c’est-à-dire lorsque le prépuce est trop étroit pour permettre le décalottage. Mais ce n’est pas toujours obligatoire, d’autres options peuvent être proposées, comme un traitement avec une pommade aux corticoïdes, ou une simple incision sans ablation. La posthectomie se fait sous anesthésie générale ou locale et ne dure qu’une dizaine de minutes. Vous ressentirez quelques douleurs dans les jours qui suivent, et le gland peut produire des sensations désagréables. « Il deviendra sans doute hypersensible pendant plusieurs semaines après l’intervention, explique le Dr Desvaux. Surtout qu’il a pu être irrité à cause du phimosis. » Mais ça passe !
La cicatrisation dure de deux à quatre semaines. Il vous faudra aussi vous passer de sexe pendant un mois, et éviter les érections intempestives qui peuvent faire saigner dans les premiers jours.

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