Gravel
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En selle! Entre ciel, mer et terre, Coach Magazine est parti arpenter les routes, pistes et sentiers escarpés des Préalpes d’Azur, à la rencontre du phénomène Gravel. Ce « vélo de gravier », qui est au cyclisme ce que le trail running est à la course à pied, est la grosse tendance de l’été dans l’Hexagone. De quoi rouler à l’allure d’aventure(s).

Par Charles Brumauld

A la rencontre du phénomène Gravel

Comme le CrossFit, les food trucks et les pancakes, le concept du Gravel Bike nous vient tout droit des Etats-Unis. Le terme « vélo de gravier » (littéralement) désigne à la fois une pratique, une philosophie et un type de vélo bien spécifique. Pourtant, le Gravel n’est pas une invention. Juste une adaptation des envies de rouler, qui remonte à une quinzaine d’années, explique Patrick Van Den Bossche, ancien coureur cycliste converti à la discipline. « Les vététistes en avaient marre de faire des ronds dans des cailloux tandis que certains routiers étaient lassés des circuits de route et du rendement. Le vélo s’est donc adapté à cette demande, en proposant un engin capable de faire du vélo (en gros, d’aller au boulot à vélo, donc de servir de moyen de locomotion quotidien, NDLR) jusqu’à 30-35 km/h, mais aussi de s’aventurer sur des sentiers plus engagés, en accrochant des sacoches (de selle, de cadre, sur le guidon) façon bikepacking, pour séjourner ou bivouaquer à l’extrême. » Vélotaf, rando, mais aussi compétitions. Les 34 pionniers de la première course de Gravel Bike en savent quelque chose. En 2006, la Dirty Kanza s’est tenue dans les collines de Flint, dans les grandes plaines américaines du Kansas. De 20 bornes à 560 km pour la version XL de la « DK », il y avait là de quoi rouler comme une brut tout le week-end sur les sentiers des hautes prairies. Un concept qui a vite enflammé les fans, puisque l’édition 2019, qui s’est achevée le 2 juin dernier, a attiré pas moins de 2 750 aventuriers ! Et en France, alors, c’est pour aujourd’hui ?

S’affranchir des règles

Dans notre Pays de cocagne, ça frémit. Voire un peu plus, même si les différences subsistent entre les rouleurs nordistes, « dévoreurs de kilomètres », et les sudistes, « bouffeurs de dénivelés ». A chacun son Gravel. Le marché est certes encore faible en volume, mais un engouement certain pour la discipline se dessine, puisque des épreuves dédiées fleurissent sur des manifestations nationales (comme le Gravel Tro Breizh en Bretagne…) et internationales (à l’instar du Gravel Origins 83 du Roc d’Azur…) et que de plus en plus de consommateurs se positionnent sur l’achat d’un vélo, confie Pascal Caré, responsable des relations presse des vélos Lapierre. « Le Gravel, c’est pour ceux qui hésitent un peu, tout en sachant quand même ce qu’ils veulent: faire de la route, du chemin, mais pas aussi engagé que le VTT. Les pratiquants s’affranchissent des règles habituelles, partent à l’aventure, ne savent pas tout, mais y vont quand même. Il y a un chemin au bout de la route, je vais explorer, voir où ça mène parce que je peux me le permettre« . Ok, mais faut-il y voir une intervention marketing pour acheter un vélo de plus, ou un réel besoin pour une pratique spécifique ? Mettons les mains dans le cambouis. Sa silhouette de vélo de route à géométrie endurance, son porte-bidon et son guidon de type course légèrement évasé vers le bas le rapprocheraient plutôt de la route. Mais ses pneus élargis munis de petits crampons pour rouler sur du caillou, sa douille de direction plus haute (mettant le cycliste en position plus relevée) et son empattement plus long le rendent plus stable, à l’aise dans les parties plus techniques, comme des descentes sur des sentiers de graviers. Et je peux en attester, après avoir avalé des kilomètres parfois fort pentus dans les Préalpes d’Azur: polyvalent, ce vélo tout-en-un a fait le job sur des descentes ardues comme sur des portions de route, où le rendement était bien meilleur qu’avec un VTT.

Trouver sans chercher

C’était tout l’enjeu de ce week-end de juin bien sportif, puisque le Comité régional du tourisme Côte d’Azur, le département des Alpes-Maritimes (dont le président est féru de cyclo) et la ville de Vence avaient clairement changé de braquet. Objectif: tester les sentiers, les pistes, les itinéraires de l’édition zéro du Gravel Trophy, qui prendra ses quartiers en mai 2020 dans l’arrière-pays niçois. Une reco grandeur nature de la future compétition, en quelque sorte. « Au départ, il s’agit d’une volonté du président du département de faire lien avec tous ces villages, perchés sur des pitons rocheux, que plus personne ne traverse. Faire du lien et explorer un terrain mal connu », plaide Alain Santi, responsable du service des sports de Valberg. Ensuite, le pari un peu fou de deux mecs qui traversent cette beauté (bio)diverse en trail et qui se disent, au bout de 7 heures d’effort: « Nan mais t’imagines, t’es là, tu traverses tous ces villages et ces montagnes ? ». Les bases du Gravel Trophy étaient jetées. Enfin, presque. Restait à déterminer le tracé et à réaménager le revêtement inaccessible. A nous de tâter le terrain, donc, pour les futurs participants. Pas assez sport, pas aussi engageant que le VTT, pensez-vous ? Faites déjà les 52km de Vence à Roquesteron, pour commencer. Car avant de pique-niquer dans ce village baigné par les eaux claires de l’Estéron, il faut monter, rouler et descendre. Bercé par les senteurs de genêts et de pins sylvestres, j’avale quelques kilomètres de bitume. Mon Bergamont se comporte bien, mais peut-être pas aussi fluide qu’un vélo de route. Hop; voici les premiers sentiers. Puis l’ultra-traileur Sébastien Camus me fait signe du pouce vers le haut. Virage sec à gauche, petit plateau, et ça grimpe ! C’est parti pour 2 200 mètres de montée non-stop, avec des pentes à 8-9%. Pas le choix. Dans le dur, vite? Faut attendre que « ça passe ». Entre graviers et gros cailloux, l’adhérence moindre de la piste m’oblige à rester sur ma selle pour garder la motricité. Cuisses en feu. Sur ce point, mon compteur vélo m’indique de précieuses infos, comme la distance ou le dénivelé qu’il me reste à parcourir jusqu’à la fin de la côte, au mètre près. Pratique pour gérer son effort. Ou pour mourir de désespoir devant le dénivelé restant…

Biclou Bivouac

La suite ? Une aventure, une vraie. Plaisir de dérouler dans ce Moyen et Haut Pays niçois. Et pour cause, les voyageurs agglutinés sur le littoral de la grande bleue n’imaginent pas qu’à quelques encablures une nature brute, discrète et préservée dévoile ses splendeurs. C’est justement dans ces circonstances que la pratique du Gravel prend tout son sens. Rester sagement sur la route pour admirer les roches calcaires, écouter le silence des monts, pourquoi pas ? Emprunter une piste moins familière, plus ardue, pour aller chercher le coeur de la nature ? Pour aller trouver ce qu’on ne cherche pas forcément. Pourquoi pas, aussi. C’est en tout cas ce que permettent mes pneus tubeless (sans chambre à air, donc), qui projettent les cailloux à l’extérieur de la jante comme une catapulte. Je me régale aussi sur les portions plates des sentiers et des pistes. Entre deux écrins de verdure, un bourdon se cogne sur mes genoux, des papillons de jour effleurent mes avant-bras avant de virevolter. De quoi se rassurer, l’espace d’un instant, sur l’état de nos pollinisateurs, même si la région, combinaison des influences méditerranéennes et alpine, est un des territoires dont la biodiversité est la plus riche. Les portions de descente sont plus difficiles, n’étant pas spécialiste. Je me crispe vite sur le guidon. Ce n’est qu’à la fin de la journée que je me relâche davantage pour épouser la piste, suivre les traces de pneus, piloter mon engin. Après une journée sur le biclou, bivouac avec tentes individuelle, tapis de sol, et surtout, les bières qui trinquent, la pissaladière sapide et les gnocchis fondants au pistou. Ambiance potache. Débriefe de la journée, des itinéraires, des chutes des uns et des autres. De quoi faire descendre la pression avant la nuit. Et repartir dès 8h30 le lendemain pour 25km de pistes de Beuil jusqu’aux terres rouges de Valberg. Je retrouve le côté fartlek du running avec des alternances de côtes intenses et énergivores sur sentiers et des moments de récupération et de baisse d’adrénaline sur les parties routières. Une pratique qui plaira aux traileurs pour leurs préparations de long parcours, avec un mix parfait de travail cardio, de résistance musculaire et d’endurance en milieu naturel. A condition de bien doser l’effort. « Le plus dur, c’est de tracer le parcours idéal avec l’alternance de parties routières et de sentiers. On peut se dire que c’est dur pendant un petit moment et qu’il faut le vivre pleinement. OK, mais pas trop non plus ! Le Gravel, c’est aussi la pratique dans la beauté de la nature et l’esprit de camaraderie. Si l’on passe son temps la tête dans le guidon à profiter de rien, on s’use », explique Patrick Van Den Bossche. A bon entendeur.

Rouler Gravel, ça s’apprend !

Les bons conseils de Patrick Van Den Bossche, ancien coureur cycliste fondateur de Bike Café.

Humilité

Restez modeste dans votre engagement physique. Economisez-vous quand vous le pouvez, notamment sur les portions routières, pour pouvoir vous engager quand la pente demande un effort soutenu.

Patience

Dans les côtes, pas de danseuse, la roue arrière risque de tourner dans le vide. Au contraire, limitez au maximum les pertes d’adhérence en mettant du poids sur la selle.

Souplesse

En descente, bras fléchis, coudes écartes, bien relâché dans le bas du guidon, même su les cailloux laissent place aux graviers. Le cintre écarté donne une position de pilotage confortable, servez-vous-en !

Vigilance

Même sur le plat, les sentiers comprennent des bosses, des trous, des cailloux, qui peuvent vous surprendre. Regardez devant vous le plus souvent possible.

Plaisir

Gardez l’esprit Gravel. La solidarité, la contemplation, la découverte, l’aventure, qui peut ne pas être extrême. Derrière chez vous, il y a des chemins que vous n’avez jamais empruntés. Go !